Parce qu'il n'y a pas que les rats qui font mal en partant

Hello,

Alors j'ai longuement hésité à en parler ici, parce que bon je me disais que c'était pas tout à fait le lieu.
Puis en fait si.

Elle faisait partie de la famille, au même titre que les rats, elle a passé 3 ans et demi à mes cotés, il est impensable que je n'écrive pas un petit quelque chose pour dire à tout le monde à quel point elle était extraordinaire. 

 

Lapine

Je m'en souviens encore, la première fois que je l'ai vue. Je travaillais à l'époque en animalerie, et on venait de recevoir un lot de petits lapins béliers, pas tout à fait sevrés, comme très souvent, je râlais encore sur le fait qu'ils étaient trop petits. Il y avait une dizaine de petits lapins dont deux déjà grands, et les autres gros comme ma main et pas en chouette forme.
Quand le premier est mort, j'ai décidé de les isoler pour qu'ils reprennent des forces, veiller sur eux. Puis un deuxième est parti. J'ai commencé à m'inquiéter, et j'ai appelé le véto. Il est venu très vite, il m'a dit qu'ils avaient la coccidiose, il m'a donné un traitement à leur administrer mais m'a dit qu'à cet âge il y avait peu d'espoir. J'ai senti mon coeur se serrer, très fort. Et pourtant j'ai tenté, je leur ai donné leur médicament, je leur ai mis une lampe chauffante, j'allais les nourrir à la seringue, leur donner à boire, même pendant la pause de midi. Et pourtant ça a été très vite, en 6 jours il ne restait que deux petits lapins, et puis un seul, j'avais fini par me dire que c'était foutu, que j'allais arriver et la voir étendue là, j'avais fini par me blinder, me dire que c'était "la vie", que j'arriverais à rien. 

Et je m'en rappelle, comme si c'était hier, alors que j'avais passé la veille à lui donner à manger comme je pouvais, toute faible et maigre qu'elle était, j'étais rentrée chez moi persuadée qu'elle serait morte le lendemain, elle qui n'arrivait même plus à se lever.

Et ce matin, elle était debout, fièrement campée sur ses petites pattes fragiles, à attendre mon arrivée. J'ai eu envie qu'elle vive, autant qu'elle se battait contre la mort.

Puis, elle a été sauvée. Puis, il a fallu la faire grossir, elle qui faisait la moitié de la taille d'un lapin de son âge. Elle avait déjà passé 6 mois quand elle a commencé à ressembler à un lapin. Je lui disais qu'il fallait qu'elle continue de grossir, comme ça je pourrais la manger, vu qu'elle avait l'air aussi appétissante qu'une brioche. Brioche, c'était son petit nom, celui qu'elle ne reconnaissait pas mais que j'aimais dire, elle me léchait les doigts quand je lui parlais.

Et elle a eu un rhume, elle ne pouvait pas encore être vendue, puis est-ce que j'avais vraiment envie qu'on la vende ? Cette petite chose dont le regard s'accrochait à moi dès que j'arrivais ? Mais non, non, j'avais dit jamais de lapin, j'aime pas les lapins, c'est bête et puis ça sent mauvais un lapin, puis bon j'ai pas la place pour encore un animal, elle sera plus heureuse ailleurs. 

Mais après plus d'un an passés là, qui en voudrait ? 

Et un jour, c'était un samedi, il faisait une chaleur pas possible, je finissais le travail à 18h et j'avais hâte de partir. Je nettoyais les cages et j'avais laissé la petite Brioche plus si petite que ça dans un parc. Je revois encore mon collègue arriver et me dire "il est ou le lapin", moi répondre "bah dans le parc", et cette phrase "bah non il y est pas !".
Je me rappelle comme on t'as cherchée, pour finir par te trouver derrère un meuble, en train de bouffer de la mort aux rats... Le museau tout bleu, j'ai pas pu m'empêcher de sourire devant ton air béat. Puis j'ai paniqué, et j'ai appelé ma super vétérinaire, qui m'a dit de passer en sortant du travail.
J'étais confiante, on allait te soigner.
Et mon humeur a basculé, quand mon collègue a du partir pour une installation, il fallait que je reste jusque 19h, je me souviens comme si c'était hier avoir mendié un départ plus tôt parce que "le lapin a mangé de la mort aux rats et il va mourir si j'attends", des larmes dans la voix et l'espoir de pouvoir y changer quelque chose. Je me souviens d'avoir bredouillé un "ok" quand on m'a répondu que des lapins, y'en avait plein, et que c'était pas si grave un lapin en moins. Je me souviens avoir été pleurer dans ta fourrure en me disant que merde tu pouvais pas mourir, et que putain je voulais pas de lapin, je voulais juste toi.

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Puis, à 19h, je t'ai payée, je t'ai embarquée avec moi, dans ta boite de transport, j'ai téléphoné à la vétérinaire et j'ai demandé quand elle fermait le cabinet, quand elle a dit "maintenant", j'ai pleuré, je lui ai demandé de rester, que je paierais le tarif de garde, que j'étais à pieds mais que j'arrivais, qu'il fallait qu'elle attende. Je me rappelle encore comme j'ai eu envie d'ériger un autel à son nom quand elle m'a dit calmement "ne vous inquiétez pas, je vous attends, prenez votre temps, c'est pas grave, je pars pas". 
3km en plein soleil, avec un lapin dans une boite à bout de bras. Un coup de klaxon, mon chauffeur de bus d'amour qui a fini son service, qui me voit galérer, qui me dit "bouge pas, je vais te déposer au plus près avant de rentrer au dépot". Ces moments ou on saisit le sens profond du mot "reconnaissance". 
L'arrivée chez la véto, un peu paniquée un peu soulagée, avec ma lapine têtue au bout du bras. Le traitement, la vétérinaire qui rigole, qui me dit "elle a vraiment envie de mourir sans faire exprès cette lapine". La véto qui m'engueule quand je lui donne ton nom, parce que Brioche, c'est pas assez original, faut pas déconner, je l'ai habituée à mieux.

Le retour à la maison, l'instant précis ou je réalise que putain j'ai un lapin.

La recherche d'un prénom rigolo pour une lapine noire sucidaire, le 11 mai 2013 Lauriane qui propose "Mercredi Addams". Tu es baptisée.

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Je ne me doutais pas que c'était le début de mois, d'années de bonheur avec toi, à te voir faire des bonds de cabri au milieu du salon, à sentir ta petite tête me pousser quand tu voulais un câlin, à rire de tes conneries, bon parfois un peu moins quand tu me bousillais un truc auquel je tenais, je te menaçais de te manger à Noël, et puis du te dressais sur tes pattounes, avec tes oreilles trop mignonnes, ton petit nez, tes grands yeux, et je te pardonnais tout. Je t'aurais donné un rein, un poumon si il avait fallu. 
Je riais aux éclats quand tu jouais avec ton copain chat-Spock, quand je te voyais lui courir après, et lui te courir après, dans vos jeux endiablés.
J'ai été émue quand je t'ai sortie pour la première fois dans l'herbe, que je t'ai vue courir dans la nature, manger toute cette herbe bien grasse, ces pissenlits dont tu raffolais, t'affaler à l'ombre et dormir des heures durant.
Je réfléchissais à des plans monumentaux pour te faire un gigantesque enclos protégé de tout, avec des jouets pour lapin dont tu te serais complètement moquée, de l'herbe verte à foison, des moments en ta compagnie des années durant. 

C'est la dernière fois que je raconte ton histoire, parce que tu n'es plus là. Tu es partie comme tu as toujours vécu, comme je t'ai sauvée la première fois, dans mes bras, sous mes yeux. Et cette fois ci je n'ai rien pu faire. Je pouvais te protéger de tout, sauf de ce qu'il y avait dans ta tête et si tu savais comme je m'en veux de n'avoir rien pu faire, ce sentiment d'impuissance est tellement, tellement affreux.
J'en veux à tous ces gens qui reproduisent des lapins porteurs de tares, et pour autant je m'en fous, je ne voudrais pas un autre lapin. Je voulais juste toi, et t'es plus là, et j'ai beau le souhaiter très fort, j'ai beau hurler, tu ne reviendras pas, je n'aurais plus jamais ma Mercredi avec moi. Et jamais aucun autre lapin ne sera toi, jamais je ne te retrouverais au hasard sur une annonce, c'est fini. 

Merci ma Creudie, merci pour ces 3 ans et demi passés dans ma vie, je ne regretterais jamais ce coup de foudre, cette connerie de t'avoir prise avec moi, tu étais la lapine la plus parfaite du monde, la seule et l'unique qui faisait battre mon coeur, j'espère que tu bondis heureuse dans des champs de pissenlit, et que toi non plus tu m'oublieras pas, parce que ça fait un mois que t'es partie et j'ai toujours aussi mal, et tu me manques.

J'ai le coeur en petits morceaux encore une fois, tu en as emporté un bout avec toi. Je t'aime et je t'aimerais toujours.

Image hébergée par servimg.com

 

Commentaires (2)

1. arkanethrall (site web) Ven 11 Août 2017

Ah ben du coup je n'avais pas vu ton commentaire, merci beaucoup... Elle me manque encore énormément

2. Louise Jacquot Ven 21 Avr 2017

Oh mon dieu !
Je sais que ce post date un peu, mais je le lisais pour me détendre un peu entre deux cours et là j'ai vraiment falli pleurer, au milieu de tous ces gens.
Votre histoire à toutes les deux m'a beaucoup touché, même si sa mort date d'il y a deux ans.
Bon courage, merci beaucoup de nous avoir partagé ce moment de tristesse. <3

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